Extrême droite : les 150 jours qui ont discipliné le travail (une dystopie)
- il y a 2 jours
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Un article de presse venu du futur, reçu par channeling quantique !
Les 150 jours qui ont discipliné le travail
Comment Bardella, Ciotti et Wauquiez ont gouverné par et avec l’entreprise.
Au printemps 2027, rien n’a ressemblé à un coup d’État. Pas de chars dans les rues, pas d’état d’urgence. Pourtant, en 150 jours, le pouvoir Bardella–Ciotti–Wauquiez a opéré une transformation d’une ampleur inédite du droit du travail, de la protection sociale et du rapport au travail. Retour chronologique sur cette séquence qui a redessiné le contrat social français.
Jour 3 — Un nouveau ministère
Après validation de son élection par le Conseil constitutionnel, le président Bardella nomme Éric Ciotti Premier ministre. Mais le geste politique le plus symbolique est la création d’un nouveau portefeuille, le ministère de la Revalorisation du Travail, confié à Laurent Wauquiez.
Jour 10 — Le renversement du dialogue social
La “loi de clarification sociale” marque le premier tournant. Désormais, si une négociation nationale interprofessionnelle (ANI) échoue, le gouvernement peut reprendre par ordonnance la proposition patronale (dispositif rapidement baptisé “l’article 38”).
Devant les députés, Éric Ciotti assume :
« Nous ne mettons pas fin au dialogue social, nous mettons fin aux blocages. »
La présidence du Medef se réjouit :
« On retranscrit enfin ce que l’intelligence du terrain fait déjà dans nos entreprises. »
Jour 20 — La naissance de la Carte du Travail
Par décret, le gouvernement crée la Carte du Travail, une carte à puce attribuant un score individuel fondé sur :
l’assiduité, notamment pour raison de santé,
l'évaluation annuelle de la performance,
et un “engagement motivationnel”, évalué par l'employeur.
Jordan Bardella la présente comme un nouvel attribut civique :
« Désormais, la France c’est : une carte d’identité, une carte Vitale, une carte du mérite. »
Dans sa tribune pour Libération, Enfin libres !, Bernard-Henri Lévy s’enthousiasme :
« Il était temps que ces trois dimensions marchent ensemble, identité, protection, mérite. »
Jour 50 — La citoyenneté sociale conditionnelle
Matignon présente une loi-cadre intitulée Réhabilitation de la valeur travail et responsabilité sociale. La carte du travail devient un filtre d’accès aux droits :
une prime non imposable peut-être versée par les entreprises aux salarié·es français·es dont le score dépasse 75/100,
l’accès au logement social — déjà réservé aux citoyen·nes français·es — est priorisé selon le score indiqué sur la carte,
une réduction des allocations familiales est automatique en cas de score trop faible.
Éric Ciotti tranche :
« On ne peut pas vivre durablement aux dépens des bons Français qui se lèvent tôt. »
Jour 71 — Les sciences critiques
Profitant d’un cavalier législatif, un texte instaure un numerus clausus dans les filières de sciences humaines (sociologie, anthropologie, psychologie), décimées dès la rentrée suivante.
Wauquiez se félicite :
« Moins de critique stérile, plus de proactivité et de productivité ».
Jour 82 — La neutralité étendue au monde économique
La loi “Neutralité républicaine au travail” étend au privé l’interdiction du voile pour les femmes.
En parallèle, elle consacre une asymétrie religieuse : les symboles chrétiens “patrimoniaux” (crèches, crucifix discrets) sont explicitement protégés. L’écriture inclusive est également interdite dans tous les documents professionnels.
Le Grand Orient de France applaudit cette loi, qu’il considère comme sa propre victoire contre le “wokisme”. Laurent Wauquiez célèbre :
« La clarté de la langue et l’héritage culturel national sont des piliers de notre cohésion sociale. »
Jour 86 — Les préfets, gardiens de la méritocratie
Un décret confie aux préfets le contrôle des politiques internes des entreprises en matière de lutte contre les discriminations et de diversité, afin d’éviter toute mesure qui “dénaturerait l’esprit français de méritocratie”.
Plusieurs plans d’inclusion sont rapidement suspendus ou réécrits sous supervision préfectorale. Gilles Clavreul, figure du “Printemps républicain”, est chargé de mettre en place les procédures. Fourest exulte.

Jour 88 — La préférence nationale au travail
Par ordonnances, un régime différencié s’installe pour les travailleurs non européens :
CDD par défaut, renouvelable 5 fois,
surcotisation sociale patronale, avec exemptions pour les métiers en tension, listés chaque mois par les organisations patronales.
Sortant de sa réserve, Bruno Lemaire salue
« un virage inattendu du gouvernement vers une flexibilité pragmatique. »
Jour 91 — L’ordonnance “redevabilité”
Après l’échec prévisible d’un accord national sur la “redevabilité des salariés envers l’entreprise”, Ciotti active l’article 38. Une ordonnance crée de nouveaux articles du Code du travail :
devoir de loyauté renforcé,
Engagement à la performance collective,
recevabilité des dénonciations anonymes.
Éric Ciotti revendique :
« La loyauté n’est pas une option, c’est la condition de la confiance. Et sans confiance, pas d’avenir. »
Dans les entreprises, on assite aux premières convocations disciplinaires pour des messages privés, à une pression accrue sur les déclarations d’accidents du travail, à la multiplication de formations aux “valeurs du travail”.
Jour 92 — La fin des lieux d’écoute de la souffrance
Une circulaire, s’appuyant sur la loi “séparatisme” de 2021, ferme les consultations publiques spécialisées dans la souffrance au travail, accusées de « complaisance avec des syndicats séparatistes » et de « tentative de démobilisation de la société ».
L’Association des DRH obtient la maîtrise d’ouvrage d’une plateforme d’écoute pilotée par IA, hébergée chez Microsoft, et nomme Caroline Fourest à sa tête.
Jour 98 — Objectiver les arrêts maladie
Un décret durcit les arrêts maladie : burn-out, stress ou état anxieux ne suffisent plus sans un diagnostic psychiatrique, réalisé sur la base du référentiel proposé par une commission présidée par Laurent Alexandre.
Wauquiez communique dans Libération :
« Le travail n’est pas une maladie. »
Le centre gauche applaudit, François Hollande fait la tournée des plateaux.
Jour 100 — Le coaching d’état
Création des Consultations Motivation au Travail (CMT) : tout salarié en arrêts répétés ou à faible score de mérite doit s’y rendre, sur convocation de son employeur. Ces consultations sont confiées à des coachs certifiés par l’université Montpellier 3.
Bardella promet :
« Il s’agit d’aider chacun à retrouver le goût du travail par la bienvivance et le leadership capacitant. »
Jour 113 — Extension du séparatisme aux syndicats
La loi “séparatisme” de 2021 est étendue : associations et syndicats doivent signer une charte des valeurs du travail et de défense de l’engagement. Plusieurs fédérations syndicales, la Ligue des Droits de l’Homme et des associations de psychologues du travail refusent — elle seront dissoutes par décret, avec l’aval du Conseil Constitutionnel.
Jour 122 — Le référendum interne remplace le CSE
Le gouvernement organise un référendum électroniqueauprès du secteur privé — confié à une filiale du groupe X d'Elon Musk. Le projet est de remplacer la prise de décisions du CSE par un référendum interne receuillant 2/3 des suffrages. Les salarié·es se prononcent à 68 % en faveur de cette évolution.
Laurent Wauquiez justifie :
« La communauté nationale de travail doit participer directement aux décisions qui la concernent et engagent la compétitivité des entreprises. Quelques enragés ne pourront plus préempter la parole populaire. »
En complément, un projet de loi est annoncé, instaurant le contrôle préfectoral des budgets d’activités sociales et culturelles précédemment dévolus aux CSE, désormais orientés vers la promotion de la « valeur travail » et la « cohésion culturelle nationale ». La direction du Puy du Fou publie une liste de recommandations qui fera autorité.
Jour 145 — Des grèves pour “bien travailler”
Des mouvements éclatent dans les hôpitaux, l’industrie et les collectivités, centrés sur l’organisation du travail. CNews reste en édition spéciale pendant cinq jours avant que le mouvement soit maté sur le terrain par les “gilets vert-de-gris” proches d’Éric Zemmour.
Wauquiez minimise :
« Le débat est normal dans une démocratie qui valorise le travail. La discussion a eu lieu, je m’en félicite. »
Jour 150 — La ligne présidentielle réaffirmée
Dans une allocution solennelle, Bardella conclut :
« La France s’est levée et a enfin choisi le travail. Elle ne cédera plus à la culture de la plainte. »


